Non, la dérive autocratique n’est pas africaine

Article : Non, la dérive autocratique n’est pas africaine
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7 novembre 2020

Non, la dérive autocratique n’est pas africaine

2020 n’a pas encore fini de livrer ses surprises que de façon inédite, le président de l’une des plus grandes puissances mondiales, et par ailleurs « gendarme » de la démocratie, conteste les résultats d’une élection présidentielle qui lui semble défavorable. En effet, après avoir proclamé sa victoire dans la nuit de mardi à mercredi alors même que de nombreux votes restent à dépouiller, il n’a eu de cesse de dénoncer une élection « volée » par les démocrates. Donald Trump, puisque c’est de lui dont il s’agit, 45e président des États-Unis, ne semble pas prêt à reconnaitre sa victoire, encore moins à céder le pouvoir. Aussi extraordinaire que ce scénario puisse paraitre, il nous rappelle le scénario des présidents africains…

Comme un président africain ?

Sitôt que ces déclarations de contestation ont foisonné, les réactions se sont faites sentir dans nos communautés. Avec légèreté et dérision, on a qualifié son acte « d’africain ». Et le président américain fut taxé de « président africain ». En effet, c’est une lapalissade que de rappeler comment dans de nombreux pays africains, les chefs d’Etats, s’ils n’utilisent des constitutions taillées sur mesure pour se maintenir au pouvoir, le font très souvent au moyen des élections. Celles-ci se manifestent par le refus du perdant, très souvent le président sortant, de reconnaitre sa défaite et de céder le pouvoir.

Les élections africaines sont en cela différentes des élections occidentales de ce que ces dernières ne sont sources d’aucun stress, ni d’aucune peur. Ce qui traduit d’une maturité à la fois du peuple et des dirigeants mais surtout de la démocratie. On ne devrait pas non plus oublier que ces nations ont construit au fil du temps et de l’histoire des forteresses institutionnelles qui restent des remparts efficaces en cas de dérives personnelles.

Plutôt que d’hommes et femmes, des institutions fortes !

La leçon qu’il faut retenir de cette élection américaine est bien que ni la dictature, ni les dérives autocratiques ne sont africaines, mais découlent de la nature humaine. Et puis, Donald Trump ne surprend personne de son attitude, s’inscrivant dans la droite ligne du parfait autocrate.

« C’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser. Il faut que par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir« , disait Montesquieu il y a deux siècles déjà.

De cette pensée se dessinait sans contexte ce qui serait fondamental à une démocratie qui marche. Plutôt que d’hommes ou de femmes fort.e.s, l’on devrait s’atteler à construire des institutions fortes. Ce sont du reste les véritables remparts à l’avidité de la nature humaine et au sentiment de toute puissance que peut créer le pouvoir. Le pouvoir doit arrêter le pouvoir et ne doit pas être concentré entre les mains d’un seul individu. L’Allemagne sous le Reich d’Hitler est peut être l’un des exemples le plus concret. Aujourd’hui, quand bien même le président américain pourrait essayer de se maintenir au pouvoir, ni l’armée, ni la Justice, encore moins le Congrès ne le lui permettraient. En outre, on saura compter sur une transparence avérée si recomptage il adviendrait.

Accepter de la dérive autocratique qu’elle soit intrinsèquement africaine est d’autant plus dangereuse pour notre avenir en tant que peuple et en tant que nations, dans la mesure où cela nous prédispose à accepter les actes de nos dirigeants et au-delà à les justifier, à les accepter et à les transmettre aux générations futures.

@BenieDeborah on twitter

Rien ne résiste au barrage institutionnel, rien, pas même l’indélicate volonté d’un leader grisé par le pouvoir. L’Afrique francophone surtout, doit pouvoir réussir ce pari, comme l’a fait autrefois le Ghana.

« L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, mais de fortes institutions »

Barack Obama, juillet 2009, Ghana
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Commentaires

Déborah Marie-Estelle
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La dérive autocratique n'est pas africaine.
On a peut être assez et un peu trop idéalisé les leaders politiques occidentaux, on se rend finalement compte que face au pouvoir, l'humain qui manque d'un peu de sagesse réagit de la même manière que d'autres de son espèce. Le plus important est de bâtir de fortes institutions.
J'ai aimé.

Carelle Laetitia
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Eh oui ma belle, nous ne devons plus idéaliser l'occident, encore moins diaboliser tout ce qui est africain. Merci de m'avoir inspirée cet écrit